Anatomie de l’ Extase : Les actrices de l’étude

Anatomie de l’Extase @ Cie Tir Groupé /2018
Photo Aloysse manhes

Flo Kardinal 

Au sujet de son art :

« La révélation des états de transe a été fondatrice de ma nature d’artiste et de mes danses .J’y trouve l’espace de la canalisation, des visions,la source du geste  et le potentiel de la réalisation en corps et âme sur les scènes de toute nature. La nécessité de me fondre à l’environnement pour être dans l’instant source et devenir matière  m’a guidée pour faire corps avec les éléments .Ma pratique personnelle et intime de ces états de transe et transformations me permet de traverser les dimensions de l’être d’atteindre un point de guérison et de régénération  et par extension le point central où réside mon être  : l’Extase . L’autre élément d’importance pour y parvenir est la forme créée et nourrie à l’intérieur de l’oeuvre  : celle du rituel « .

Au sujet de l’étude :

J’ai mis en place au cours de mes travaux de recherche autour de la transe des axes , certains personnels et d’autres s’appuyant sur des recherches antérieures de célèbres ethnologues.

Il est question pour ce champs d’étude , de celui des « postures de transe » . j’ai moi même voyagé et  constaté le rapprochement entre postures corporelles et obtention d’un état chez les chamanes . J’ai rencontré alors le travail de Félicitias Goodman.Elle nomma son étude : Les »postures de transe « , Elle associa l’observation des statuettes et figurines des peuples chamaniques du Mexique, d’Amérique centrale de Sibérie et d’Europe entre l’état de transe et les effets qu’elle induit.Lors de laboratoires avec ses étudiants ,elle en  extrayait les conditions de fonctionnement .

Je décidais alors de conjuguer les postures avec le matériau de la corde auquel je suis liée et que j’ai expérimenté personnellement sur moi même .J’ai déplacé l’étude , de l’unité à la dualité , non pas dans le sens du rapport à l’autre mais du rattachement des 2 protogonistes à l’oeuvre : celle de la mise en abîme .Ceci pour en observer une  éventualité ,un possible entre immobilité et transe-forme-action , là où nait la création .

Nous nous relions à l’instant , au vide , au cosmos ,au rêve, à l’inconnu: nous explorons.

Aloysse Manhes

Au sujet de son art : Dans ma pratique, c’est un des plus beaux actes d’amour qu’il soit car c’est un vrai dialogue avec l’autre basé sur le respect et la confiance de part et d’autre , la corde n’étant que le médium qui nous relie permettant cette communication unique, transmettant dans un sens et dans l’autre ce questionnement et ces réponses pour que surgisse la révélation de la « beauté d’attacher serrer » (une des traductions possible du kanji Kinbaku (緊縛) ) avec l’exposition de la mise à nu de l’âme de l’autre en point d’orgue. Dans le kinbaku, Tori et Uke sont les deux faces d’une même pièce qui se joue. Le tori est celui qui prend ou choisit ce que l’uke lui donne. Les deux sont liés et dépendants l’un à l’autre d’où l’importance de ce dialogue qui se construit . C’est ainsi qu’en tant que tori, je vais chercher à faire tomber le masque des apparences de l’autre confortablement installé dans son lâcher-prise, son non-agir pour le traquer dans ses plus ultimes retranchements . Je surveille les moindres frémissements, la montée de cette émotion à fleur de peau. Je suis rivée à l’autre, je suis en chasse impitoyable, faisant tomber les barrières une à une, déchiffrant les résistances ne laissant aucune possibilité à l’autre de m’échapper jusqu’à la révélation de la beauté de la mise à nu de l’âme. L’exposition de cette ouverture de l’âme si troublante est sans pitié, elle est mon acte d’amour, l’ ultime trophée bouleversant de mon plaisir.

 

 

un voyage chamanique au coeur des cordes